D’après Maxime de Turin
Le Seigneur dit aux Apôtres déjà âgés et mûrs : « Si vous ne changez pas pour devenir comme cet enfant, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. » (Mt 18, 3) Il les incite à retrouver l’enfance… afin qu’ils renaissent à l’innocence du cœur. Remarquons qu’il ne dit pas « ces enfants », mais « cet enfant ». Qui est cet enfant qu’il donne en exemple de sainteté ? Je ne crois pas que ce soit un enfant du peuple, de la foule des hommes. Non. Il s’agit de cet enfant venu du ciel : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné. » (Is 9, 5) C’est lui, l’enfant innocent, qui ne sait pas répondre à l’insulte par l’insulte, aux coups par les coups – bien mieux, même pendant son agonie, il prie pour ses ennemis. Ainsi, le Seigneur déborde de cette innocence du cœur que la nature donne aux enfants et qu’il faut imiter.
D’après Benoît XVI
Il faut nous rappeler que l’attribut essentiel de Jésus est celui de « Fils ». Toute sa vie est orientée vers le Père. Cela seul permet d’expliquer qu’il ait refusé de s’appeler roi ou seigneur, ou de s’attribuer quelque autre titre de pouvoir, mais qu’il ait eu recours à un terme que nous pourrions traduire par « petit enfant ». Et si dans sa prédication, l’enfance tient une place tellement extraordinaire, c’est parce qu’elle correspond le plus profondément à son mystère le plus personnel, à sa filiation. Sa dignité la plus haute, celle qui renvoie à sa divinité, ne consiste finalement pas en un pouvoir ; elle se fonde sur son être orienté vers l’autre : Dieu le Père. Ainsi, ce n’est qu’en conservant ce qu’il y a de plus essentiel à l’enfance, vécue d’abord par le Fils, que l’homme peut entrer, avec le Fils, dans la divinité.
D’après Marcel Van
Si notre Père du ciel révélait au monde jusqu’à quel point lui est agréable une âme d’enfant, il est probable que le monde reconnaîtrait cet enfant comme roi de l’univers. S’il n’y avait pas les enfants dans le monde pour réjouir le regard de notre Père du ciel, il est certain qu’il ne voudrait plus abaisser son regard sur cette terre… Autrefois, Jésus n’a jamais grondé les Apôtres, si ce n’est une fois, parce qu’ils avaient empêché les enfants de venir à lui. Oh, bienheureux les enfants ! Parce que Jésus les a aimés plus que tous les autres. Pendant qu’il était sur la terre, il n’a pas hésité à les prendre dans ses bras et à leur donner des baisers. Et parmi les privilégiés de Jésus, personne n’a eu la faveur d’être pressé sur son cœur et de recevoir ces marques d’amour, si ce n’est les enfants.
D’après Léon le Grand
Le Christ aime l’enfance : il l’a assumée dans son âme comme dans son corps ; et il oriente la conduite des adultes vers elle. Mais pour bien la comprendre, écoutons saint Paul : « Pour ce qui est du bon sens, ne soyez pas des enfants ; mais soyez des enfants pour ce qui est de la méchanceté. » (1 Co 14, 20) Il ne s’agit donc pas pour nous de revenir aux jeux de l’enfance ni à ses maladresses, mais de lui prendre ce qui convient aux années de la maturité, c’est-à-dire : apaiser rapidement les agitations intérieures, retrouver vite le calme, oublier totalement les offenses, être complètement indifférent aux honneurs, aimer se retrouver ensemble, garder l’égalité d’humeur. En effet, c’est un grand bien que de ne pas savoir nuire, que de ne pas avoir de goût pour le mal, que de ne rendre à personne le mal pour le mal (Rm 12, 17). C’est la paix intérieure des enfants qui convient aux chrétiens.
D’après Maxime de Turin
À la résurrection du Christ, tous ses membres ont ressuscité avec lui, et il nous a fait passer de la mort à la vie. Le mot « pâque » en hébreu veut dire passage. La résurrection est le mystère du passage : du mal au bien, du péché à la justice, du vice à la vertu, de la vieillesse à l’enfance. Je parle ici de l’enfance qui tient à la simplicité, non à l’âge. L’enfant est sans rancœur, il ne connaît pas la fraude, il n’ose pas frapper. Ainsi, cet enfant qu’est le chrétien ne s’emporte pas si on l’insulte, il ne se défend pas si on le dépouille, il ne rend pas les coups si on le frappe. Le Seigneur exige même qu’il prie pour ses ennemis, qu’il abandonne tunique et manteau aux voleurs, et qu’il présente l’autre joue à ceux qui le giflent (Mt 5, 39s). L’enfance du Christ dépasse l’enfance des hommes. Celle-ci doit son innocence à sa faiblesse, celle-là à sa vertu.