L’humble venue de l’Enfant-Jésus

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D’après Rafael Arnaiz Barón

Il fait très froid sur terre. Les cieux sont brodés d’étoiles qui se devinent seulement sur le fond bleu foncé de la voûte céleste inondée de ténèbres. Sur la terre, une des plus petites étoiles de l’immense système planétaire, une des plus froides, Dieu, par amour pour l’homme, naît d’une femme… Les hommes ont aussi de la glace dans leur cœur. Personne n’accourt assister au miracle de la naissance de Dieu. Le monde entier se réduit seulement à une femme appelée Marie, à un homme appelé Joseph, et au souffle chaud d’un âne et d’un bœuf. Le monde entier dort, inconscient, dans le lourd sommeil de la chair. Il fait très froid cette nuit-là sur la terre de Juda.

D’après Claude La Colombière

Dans l’incarnation, je ne trouve qu’anéantissement, qu’humilité. L’ange s’abaisse aux pieds d’une fille ; Marie prend la qualité d’une servante ; Dieu se fait esclave et, conçu dans le sein de sa Mère, s’anéantit de la manière la plus profonde qu’il est possible d’imaginer. Que j’ai du plaisir à considérer les sentiments intérieurs de ces personnes divines ! Voilà bien de quoi rabattre mon orgueil ! Pour moi, je ne puis m’humilier à cette vue : car, où se mettre, puisque je trouve Jésus Christ même dans le néant ? Je n’avais jamais compris qu’à cette heure le mot de saint Bernard : « Quelle insolence qu’un ver s’enfle d’orgueil quand le Fils unique du Père s’humilie et s’anéantit ! »

D’après Jean Chrysostome

Je vois un ouvrier, une mangeoire, un enfant, des langes, l’enfantement d’une vierge privée de tout le nécessaire, toutes les marques de l’indigence, tout le fardeau de la pauvreté. Avez-vous jamais vu la richesse dans une telle pénurie ? Ô richesse immense, sous les apparences de la pauvreté ! Il dort dans une mangeoire et il ébranle l’univers. Lui qui est serré dans ses langes, il brise les chaînes du péché. Voici ce que je vous dis : vous devez aimer. Vous craignez le Seigneur des anges, mais aimez le petit enfant ; vous craignez le Seigneur de majesté, mais aimez ce petit emmailloté ; vous craignez celui qui règne dans le ciel, mais aimez celui qui est couché dans une mangeoire.

D’après Isaac le Syrien

Comment les êtres créés pouvaient-ils contempler Dieu ? La vision de Dieu est si terrible que Moïse lui-même dit qu’il craint et tremble. Mais maintenant, ce n’est pas dans un tremblement de terre, ni dans le feu, ni en s’annonçant d’une voix terrible et forte qu’il descend, mais comme la rosée sur la toison (Jg 6, 37), comme une goutte qui tombe doucement sur la terre. Il a en effet recouvert sa grandeur du voile de la chair. Il a fait de celle-ci un trésor : il a vécu parmi nous dans cette chair pour que, le voyant de notre race et vivant parmi nous, nous ne soyons pas troublés par la peur en le contemplant.

D’après Rafael Arnaiz Barón

Vingt siècles sont passés : maintenant aussi, beaucoup d’âmes parcourent les chemins de la terre comme les mages d’Orient et continuent à demander en passant : « Avez-vous vu celui qu’aime mon âme ? » (Ct 3, 3). Par malheur, toutes n’arrivent pas à le trouver… Elles ne regardent pas toutes l’étoile qui est la foi, cette étoile de lumière qui conduit à l’humilité d’une crèche, qui montre un Dieu qui, tout en étant Maître de tout, manque de tout. Elles n’osent pas s’aventurer sur ces chemins qui conduisent à lui, qui sont l’humilité, le renoncement, le sacrifice et presque toujours la croix. Quand cette nuit, dans le chœur, je me souvenais de mes jours d’enfance, de ma maison, des rois, mon habit monastique me disait : « Moi aussi, comme les mages, je suis venu à la recherche d’une crèche. »