D’après Amédée de Lausanne
Souvent, Marie veillait pour penser au Christ, elle qui brûlait d’amour pour lui. Souvent, elle faisait ce que chante le Cantique : « Je dors, mais mon cœur veille. » (Ct 5, 2) Elle continuait, au cours même de son repos, de rêver à celui qui remplissait ses journées. Elle vivait toujours en lui, occupée de lui. Heureuse Marie, à qui il a été donné d’embrasser celui qui embrasse toutes choses ! Heureuse celle qui a porté celui qui porte l’univers (He 1, 3), celle qui a allaité celui qui la fait vivre (Ps 144, 15). Sur ses bras, s’est assis celui qui met tout en mouvement. Il s’est reposé sur son sein maternel, celui qui est le repos des âmes (Mt 11, 29).
D’après Ludolphe de Saxe
Le choix que Dieu fait de Marie parmi toutes les femmes pour se revêtir de notre chair, a été figuré par la toison de Gédéon. En effet, de même que cette toison a reçu seule la rosée céleste pendant que toutes les terres voisines restaient sèches, de même aussi Marie seule a été remplie de cette rosée divine dont aucune autre créature n’a été trouvée digne dans le monde entier.
La conception du Christ a été figurée par le buisson ardent qui brûlait sans perdre sa verdeur, comme Marie a conçu son divin Fils sans perdre sa virginité. Le Seigneur, qui demeurait dans ce buisson ardent, a habité aussi dans le sein de Marie. De même qu’il était descendu dans ce buisson pour délivrer les juifs en les tirant de l’Égypte, de même il est descendu en Marie pour racheter les hommes en les arrachant à l’enfer.
D’après Guerric d’Igny
Le Seigneur s’adressa à Acaz : « Demande pour toi un signe. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas. » (Is 7, 10-12) Eh bien, ce signe refusé… nous, nous l’accueillons avec une foi entière et un respect plein d’amour. Oui, c’est un signe pour nous que cette vierge qui conçoit et enfante : signe qu’il est Dieu, cet homme conçu et enfanté. Ce Fils qui accomplit des œuvres divines et endure des souffrances humaines, est pour nous le signe qu’il mènera jusqu’à Dieu ces hommes pour lesquels il est conçu et enfanté, pour lesquels aussi il souffre. Et de toutes les infirmités que ce Dieu a daigné endurer pour nous, la première dans le temps, comme la plus grande dans l’abaissement, je le crois, a été sans doute que cette Majesté infinie ait été enfermée dans le sein d’une femme pendant neuf mois.
D’après Théodore le Studite
C’est à Marie que s’adresse le prophète Joël lorsqu’il s’écrie : « Ne crains pas, toi, la terre, chante et réjouis-toi, parce que le Seigneur a réalisé en toi de grands desseins. » (2, 21) Car Marie est cette terre sur laquelle Moïse a reçu l’ordre d’enlever sa sandale (Ex 3, 5). Elle est encore cette terre sur laquelle, par l’Esprit Saint, s’est établi celui qui établit la terre sur ses bases (Ps 103, 5). Elle est cette terre qui, sans avoir été ensemencée, fait éclore le fruit qui donne à tout être sa nourriture (Ps 135, 25). Une terre sur laquelle l’épine du péché n’a nullement poussé : bien au contraire, elle a donné le jour à celui qui l’a arrachée jusqu’à la racine. Une terre, enfin, non pas maudite comme la première, aux moissons remplies d’épines et de chardons (Gn 3, 18), mais sur laquelle repose la bénédiction du Seigneur et qui porte en son sein le « fruit béni » (Lc 1, 42).
D’après Claire d’Assise
Attache-toi à cette très douce Mère qui a mis au monde cet enfant que les cieux ne pouvaient contenir, qui l’a contenu dans le petit cloître de son ventre. Attache-toi à cette très douce Mère, car de même qu’elle l’a porté matériellement, de même, toi, tu pourras le porter spirituellement si tu suis ses traces, et particulièrement son humilité et sa pauvreté. Tu pourras contenir en toi celui qui te contient, toi et tout l’univers, et tu le posséderas de façon bien plus réelle que tu ne pourrais posséder les biens périssables de ce monde. Ton âme sera alors plus grande que le ciel : ton âme deviendra le séjour et la demeure de Dieu. Celui qui est la vérité même en témoigne : « Celui qui m’aime, mon Père et moi, nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure. » (Jn 14, 21.23)