D’après François de Sales
Il n’est pas possible d’arriver en un jour où vous aspirez. Il faut aujourd’hui gagner ce point, demain un autre, et pied à pied, vous vous rendrez maître de vous-même, ce qui ne sera pas une petite conquête… Je sais que l’entreprise est grande, mais il n’est rien qu’une âme généreusement résolue ne puisse faire, moyennant l’assistance de son Créateur. Souvenez-vous de la leçon principale, laquelle il nous a laissée en trois mots, afin que nous ne l’oubliions jamais et que, cent fois le jour, nous la puissions répéter : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » (Mt 11, 29) C’est tout, en somme : avoir le cœur doux à l’endroit du prochain et humble à l’endroit de son Dieu. Donnez à tout moment ce cœur à notre Sauveur. Et vous verrez qu’à mesure que ce saint et délicat Amant prendra place en votre esprit, le monde, ses vanités et superfluités en sortiront.
D’après Jean Chrysostome
Regardons les aveugles de Jéricho. Ils n’avaient personne pour les guider, ils ne pouvaient voir Jésus s’approcher ; et pourtant, ils s’efforçaient d’arriver jusqu’à lui. Ils criaient à haute voix, on cherchait à les faire taire ; et alors, ils criaient plus fort. Ainsi en est-il de l’âme énergique : ceux qui veulent l’arrêter redoublent son élan. Le Christ permet qu’on cherche à les faire taire, pour que leur ferveur se montre mieux. C’est pourquoi il ne leur demande pas s’ils ont la foi, comme il le faisait souvent : leurs cris et leurs efforts pour s’approcher de lui suffisent pour montrer leur foi. Apprends par là, mon cher ami, que, malgré notre bassesse et notre misère, si nous allons à Dieu de tout cœur, nous pourrons obtenir ce que nous demandons. En ces deux aveugles, l’évangéliste ne signale aucune qualité exceptionnelle de vie : leur ferveur a tout remplacé. Imitons-les !
D’après Origène
Si nous sommes assaillis par des épreuves, rappelons-nous que c’est Jésus qui nous a ordonné de monter dans la barque pour le précéder « sur l’autre rive ». Car il est impossible pour ceux qui n’ont pas supporté l’épreuve des vagues et du vent contraire de parvenir à ce rivage-là. Ainsi, lorsque nous nous verrons entourés par des difficultés nombreuses et pénibles, fatigués de naviguer au milieu d’elles avec la pauvreté de nos moyens, pensons que notre barque est alors malmenée par le souffle du Malin qui voudrait nous voir « faire naufrage dans la foi » (1 Tm 1, 19). Mais soyons alors sûrs que, si durant ces longues heures d’obscurité qui règnent dans les moments d’épreuve, nous tenons bon, « lorsque la nuit sera avancée et que le jour sera tout proche » (Rm 13, 12), le Fils de Dieu viendra près de nous en marchant sur les vagues, pour adoucir pour nous la mer.
D’après Éphrem le Syriaque
Le Seigneur nous a dit : « Cette heure-là, personne ne la connaît, ni les anges, ni le Fils », pour empêcher toute question sur le moment de son avènement : « Ce n’est pas votre affaire de connaître les jours et les temps. » Il nous a caché cela pour que nous veillions, et que chacun d’entre nous puisse penser que cet avènement se produira pendant sa vie. Veillons, car lorsque le corps sommeille, c’est la nature qui nous domine, et notre action est alors dirigée non par notre volonté, mais par la force de la nature. Et lorsque règne sur l’âme une lourde torpeur de faiblesse et de tristesse, c’est l’ennemi qui la domine et la mène contre son propre gré. C’est pourquoi notre Seigneur a parlé de la vigilance de l’âme et du corps, afin que le corps ne sombre pas dans un lourd sommeil ni l’âme dans l’engourdissement.
D’après Syméon le Nouveau Théologien
Poursuivons sans cesse de notre désir celui dont la beauté ravit les cœurs, celui qui les unit à lui pour toujours. Oui, courons tous vers lui ! Ne nous laissons distraire de notre recherche par qui que ce soit. Réalisons quelle est la beauté de notre Maître ! Ne lui fermons pas les yeux de notre cœur en nous laissant absorber par les réalités de ce monde. Oui, que le souci des affaires de la terre ne nous fasse pas abandonner celui qui est la lumière de la vie éternelle. Allons plutôt tous ensemble vers lui, de toute notre âme, vers lui notre bon Maître, notre Seigneur miséricordieux, qui est le « seul ami des hommes » (Sg 1, 6). Surtout, ne disons pas que Dieu ne manifeste jamais sa présence aux hommes ! Jamais, grâce à Dieu, cela n’a été impossible, à condition de le désirer inlassablement. Donc, recherchons-le ! Il va se révéler, il va paraître, il va se manifester !