D’après Raban Maur
Si nous sommes saturés de mépris à cause du grand nombre de nos péchés, nos yeux doivent cependant rester tournés vers le Seigneur notre Dieu. « Comme les yeux de l’esclave vers la main de son maître, chante le psalmiste, ainsi nos yeux, levés vers le Seigneur, attendent sa pitié, car notre âme est saturée de mépris. » Il appartient à l’âme constante et tenace de persister inlassablement. Et pour que tu n’en viennes pas à penser que tu offenses le Seigneur en persistant par tes prières alors que tu ne mérites pas d’être écouté, rappelle-toi la parabole de l’Évangile : « Si ce n’est par amitié qu’il donne à son ami, il se lèvera cependant à cause de son importunité, et il lui donnera ce dont il a besoin. » Ceux qui prient Dieu avec une persévérance importune ne lui sont pas désagréables.
D’après Gertrude d’Helfta
Voici que mes péchés me causent une vive frayeur, mes omissions me couvrent d’une profonde honte, le gaspillage de ma vie me cause une très grande crainte. Je redoute ce futur examen où le Christ, l’homme noble, me demandera des comptes. S’il voulait exiger de moi le temps qu’il m’a remis en dépôt, sans aucun doute je n’aurais aucune réponse convenable à faire à sa charité… Ô Tendresse ! Tendresse ! Je t’en supplie, réconforte mon âme ! De grâce, pardonne-moi, viens à mon secours, ne me regarde pas avec indifférence. Laisse-toi émouvoir par la pauvreté de mon esprit et dis-moi dans ta bonté, comme le proverbe : « Faisons, toi et moi, bourse commune. » Ainsi, je bénéficierai de tes innombrables richesses que le ciel et la terre ne suffisent à contenir.
D’après Guillaume de Saint-Thierry
Parfois, Seigneur, je te sens passer : tu ne t’arrêtes pas, tu me dépasses ; mais je crie vers toi. Vais-je donc encore oser m’approcher de toi ? Bien sûr, car même les petits chiens chassés de la maison de leur maître reviennent et reçoivent leur nourriture. Oui, comme les chiens ne peuvent pas vivre loin des hommes, pas davantage mon âme loin de mon Dieu ! Je croupis sur la terre, le cœur comme dans un bourbier. Tes étoiles ne luisent plus pour moi. J’entends bien chanter tes hauts faits dans les cantiques spirituels ; tes paroles et tes gestes resplendissent de lumière dans l’évangile. Mais mon esprit s’est endurci ; comme si j’avais appris à dormir face à la splendeur du soleil… Ouvre-moi, Seigneur : j’ai besoin d’être inondé de ta lumière.
D’après Gertrude d’Helfta
Ô Tendresse ! Tendresse ! Je suis assurée qu’en vertu de la bienveillance qui t’est naturelle, tu ne dédaignes aucun homme dans la désolation et ne méprise pas celui qui est dans la tribulation. Oh ! combien est agréable l’odeur de tes parfums, à ceux qui allaient tomber en défaillance. Toi, tu relèves ceux qui sont brisés ; toi, tu délies ceux qui sont enchaînés ; toi, tu es attentif aux nécessités de tous, d’une manière maternelle et miséricordieuse ; toi, tu veilles avec tendresse sur les désespérés ; toi, tu subviens avec la plus grande clémence à l’indigence de tous. De grâce, maintenant, à moi indigente, prête l’oreille, afin que pour le bien de mon âme, je puisse avoir avec toi de précieux entretiens et que de toi je reçoive de chers conseils.
D’après Isaac le Syrien
Bienheureux l’homme qui connaît sa propre faiblesse. Car cette connaissance est en lui le fondement, la racine, le principe de toute bonté. Quand un homme sait qu’il est dénué de secours divin, il prie d’abondance. Quand il a compris cela, il possède la prière dans son âme comme un trésor. Celui qui est parvenu en vérité, et non en imagination, à connaître une telle expérience, celui-là persévère en Dieu par la prière continuelle, dans la crainte d’être privé de l’abondance du secours divin. Tous ces biens sont donnés à l’homme dès lors qu’il connaît sa faiblesse. Par son grand désir du secours de Dieu, il approche Dieu en demeurant dans la prière. Et autant il approche Dieu par sa résolution, autant Dieu l’approche de ses dons, et il ne lui enlève pas sa grâce, à cause de sa grande humilité.