D’après Jean Tauler
Le Christ veut « attirer toutes choses à lui » (Jn 12, 32). Celui qui veut attirer toutes choses, les rassemble d’abord et les attire ensuite. Ainsi fait notre Seigneur : il rassemble d’abord les sens, les facultés, les pensées, l’imagination de l’homme, et quand tout est ainsi bien rassemblé, il l’attire à lui. Il faut donc d’abord se séparer de tout le bien extérieur ou intérieur auquel on est attaché en y mettant pleine satisfaction. Ce détachement est une croix pénible, d’autant plus pénible que l’attachement est plus ferme et plus fort… Mais accepte de Dieu cette croix et supporte-la : elle te deviendrait une croix bien aimable, si tu remets cette épreuve à Dieu, si tu l’acceptes de lui, avec un abandon véritable.
D’après Prosper Guéranger
Pendant l’oraison de patience, celle où l’on est distrait et où l’on ne pense à rien, l’âme doit se dire : « Je m’en vais me mettre à la disposition de Dieu, il viendra ou il ne viendra pas, n’importe, je monterai la garde, je ferai salon en attendant. » S’il me laisse tranquille, s’il ne se dérange pas, cette demi-heure me sera comptée, car elle m’a fort ennuyée ; s’il était venu, cela m’aurait fort arrangé, mais je me garderai bien d’en vouloir au Maître, j’ai rempli ma station, j’espère qu’il sera content de moi.
D’après la vie de Thérèse d’Avila
Thérèse d’Avila se rend un jour à la chapelle et dit à Jésus : « Je ne veux pas rester ici. Je n’ai pas envie de prier, je ne désire rien te dire, je veux m’en aller. » Elle se met alors à compter les dalles sur le sol… Quelques jours plus tard, elle demande à Jésus quelle a été, parmi toutes ses prières et actions, celle qu’il a préférée. Jésus lui répond : « Souviens-toi du jour où, à la chapelle, tu t’es mise à compter les dalles. Voilà la prière qui m’a fait le plus tomber amoureux de toi ! Car tu pouvais très bien t’en aller, mais tu es restée, tu m’as choisi, même si tu ne faisais que compter les dalles. »
D’après Pio de Pietrelcina
Sois assidu à la prière et à la méditation. Tu m’as dit que tu avais déjà commencé. Continue donc à progresser dans cet exercice de l’amour envers Dieu. Fais chaque jour un pas de plus : de nuit, parmi les faiblesses et dans la sécheresse de l’esprit ; ou de jour, dans la joie et l’illumination qui éblouit l’âme. Si tu le peux, parle au Seigneur. Si tu n’y parviens pas, ne t’inquiète pas : reste devant lui. Ne te donne pas d’autre peine. Il te verra et appréciera ta présence et ton silence. Il te prendra par la main, te parlera, fera les cent pas dans les allées du jardin de ton âme, et tu y trouveras ta consolation. Rester en présence de Dieu simplement pour manifester notre volonté de nous reconnaître ses serviteurs, voilà un excellent exercice spirituel qui nous fait avancer dans le chemin de la perfection.
D’après Jacques-Bénigne Bossuet
Si j’aime Dieu de toute ma pensée, et de toute mon intelligence, d’où vient que j’y pense si peu ? Peut-on ne pas penser à ce qu’on aime ? Ce qu’on aime ne revient-il pas continuellement et naturellement à l’esprit ? Faut-il se tourmenter pour s’en souvenir ? Peut-il échapper, quand on se met exprès en sa présence, et pour avoir avec lui une douce communication ? Ô mon Dieu ! Comment donc suis-je si distrait dans la prière ? D’où vient que j’y ai si peu de goût ? D’où vient que mon cœur m’échappe, et que j’ai tant de peine à le retrouver, afin de dire avec David : « Ô mon Dieu, votre serviteur a trouvé son cœur pour vous faire cette prière. » ?