1. Écoute-moi et parle-moi

Les temps d’oraisons sont disponibles dans la boîte à prière.

Écoute. C’est difficile, je le sais, de m’écouter quand la tête est pleine de bruit. Il faut du silence, il faut du désert. On a horreur de la sécheresse et du vide. Mais si tu es fidèle, si tu persévères, tu le sais, ton Bien-Aimé fera entendre sa voix, ton cœur brûlera, et cette ardeur tout intérieure t’apportera la paix et la fécondité. Tu goûteras alors à quel point ton Seigneur est suave, à quel point son fardeau est léger. Tu éprouveras, au-delà du temps que tu me consacreras en exclusivité, que moi, ton Bien-Aimé, je suis tout à toi.

Plus se multiplieront, malgré les obstacles, malgré les répugnances, malgré les tentations, les moments où tu me recherches et me retrouves pour m’écouter, plus ma réponse se fera sensible, plus mon Esprit t’animera et suggérera non seulement ce que je te demande de dire, mais ce que je t’offre de faire – bien certain alors que ce que tu diras et feras sera fructueux.

Regarde-moi. Parle-moi. Oui, parle-moi avec spontanéité de tout ce qui te préoccupe. Je laisse une large marge à ton initiative. Ne crois pas que ce qui te concerne peut me laisser indifférent, puisque tu es quelque chose de moi. L’essentiel pour toi, c’est de ne pas m’oublier, de t’adresser à moi avec tout l’amour et toute la confiance dont tu es actuellement capable.

Je te parle à l’intime de l’âme, dans ces régions où s’enrichit ta mentalité par communion à la mienne. Il n’est pas nécessaire que tu distingues clairement sur-le-champ ce que je te dis. Ce qui importe, c’est l’imprégnation de ta pensée par la mienne. Après tu pourras traduire et exprimer. Sois davantage aux écoutes. C’est moi seul qui puis te donner la lumière dont tu as un si pressant besoin. C’est dans ma lumière que ton esprit se fortifiera, que tes pensées se clarifieront, que les solutions des problèmes qui te sont posés apparaîtront.

Il faut les plaindre, ceux qui ne m’entendent jamais et qui se dessèchent. Ah ! s’ils venaient à moi avec une âme de petit enfant ! « Je te rends grâce, ô Père, de ce que tu as caché ces choses aux orgueilleux, et de ce que tu les as révélées aux petits et aux humbles. » Si quelqu’un se sent petit, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Oui, qu’il boive le lait de ma pensée.

Appelle-moi au secours, doucement, calmement, amoureusement. Ne crois pas que je sois insensible aux délicatesses de l’affection… Oui, tu m’aimes ; mais prouve-le-moi davantage. Pour cela, réaxe sans cesse ta volonté vers moi. Désapproprie-toi de toi-même. Fais-toi une mentalité de membre n’ayant que moi pour raison de vivre et pour but de vie. Je voudrais me servir de toi de plus en plus.

Raconte-moi ta journée. Je la connais, certes, mais j’aime t’entendre me la narrer, comme la mère aime le babil de son enfant à son retour de classe. Expose-moi tes désirs, tes projets, tes ennuis, tes difficultés. Ne suis-je pas capable de t’aider à les surmonter ? Parle-moi de tous ceux qui souffrent dans leur esprit, dans leur chair, dans leur cœur, dans leur dignité. Parle-moi de tous ceux qui meurent actuellement ou qui vont mourir en le sachant et qui en sont effrayés, ou au contraire rassérénés, et de tous ceux qui vont mourir et qui ne s’en doutent pas.

Parle-moi de moi, de ma croissance dans le monde et de ce que j’opère à l’intime des cœurs. Parle-moi en toute simplicité, en toute familiarité – et avec le sourire : « Dieu aime celui qui donne avec joie. » Parle-moi avant de parler de moi. Ceux qui parlent de moi sans que ce soit moi qui parle par eux, que peuvent-ils dire de moi ? On a de moi tant d’idées fausses, même parmi les chrétiens, combien plus parmi ceux qui croient ne pas croire en moi.

As-tu des désirs à formuler, pour toi, pour les autres, pour moi-même ? Ne crains pas de me demander beaucoup. C’est ainsi que tu hâteras pour une part certaine, si invisible soit-elle, l’heure de l’assomption en moi de toute l’humanité, et que tu feras monter le niveau d’amour et donc de ma présence dans le cœur des hommes.

Comme pour Marie-Madeleine au matin de Pâques, mon Cœur t’appelle sans cesse par ton nom, et je suis aux aguets de ta réponse. Je prononce ton nom tout bas et j’attends ton « me voici », en témoignage de ton attention et de ta disponibilité.

J’ai bien des choses encore à te faire comprendre, et tu n’en sauras qu’une toute petite partie sur la terre. Mais pour percevoir ces vérités, si limitées soient-elles, il est nécessaire que tu viennes davantage à ma rencontre. Si tu te rendais plus enseignable, je te parlerais davantage. Être enseignable, c’est d’abord être humble, se considérer comme un ignorant qui a beaucoup à apprendre. C’est se rendre disponible pour venir aux pieds du Maître et surtout auprès de son Cœur, là où on comprend tout sans qu’il soit besoin de formules. C’est être attentif aux mouvements de la grâce, aux signes de l’Esprit Saint, au souffle ineffable de ma pensée.

As-tu des questions à me poser ? N’hésite pas. Je suis la clef de tous les problèmes. Je ne te donnerai pas la réponse immédiatement, mais si ta question part d’un cœur aimant, la réponse viendra dans les jours qui suivent, soit par une intervention de mon Esprit, soit par les événements.

Poursuis la conversation avec moi après nos entretiens à la chapelle. Pense que je suis là près de toi, avec toi, tout en accomplissant ce que tu as à faire. Jette de temps en temps un grand regard d’amour vers moi. Ce n’est pas cela, tu le sais bien, qui gênera ton activité. N’est-ce point dans la mesure où je serai dans ton esprit que tu verras tes frères avec mon regard et que tu les aimeras avec mon cœur ?

Que ta vie soit une incessante conversation avec moi. On parle beaucoup de dialogue à l’heure actuelle. Pourquoi ne pas dialoguer avec moi ? Ne suis-je pas là, au centre de toi, épiant les mouvements de ton cœur, tes pensées, tes désirs ? Parle-moi bien simplement, sans faire attention à la construction de tes phrases. Je regarde bien plus ce que tu veux exprimer que les mots employés pour le faire.

Si on voulait bien faire attention, on percevrait ma Voix à travers les choses les plus humbles comme les plus grandes de la nature, à travers les êtres les plus différents, à travers les circonstances les plus quotidiennes. C’est une question de foi, et cette foi, il faut me la demander ; pour toi et pour tes frères humains. C’est surtout une question d’amour. Si on vivait davantage pour moi que pour soi, on serait attiré par le bruissement léger de ma Voix intérieure et l’intimité pourrait s’établir plus facilement avec ses multiples échanges.

Appelle-moi comme la Lumière qui peut éclairer ton esprit, comme le Feu qui peut enflammer ton cœur, comme la Force qui peut bander tes énergies. Appelle-moi surtout comme ton Ami qui désire partager avec toi tout ce qui est ta vie, comme ton Sauveur qui souhaite purifier ton âme de son égoïsme, comme ton Dieu qui aspire à t’assumer en lui dès ici-bas, en attendant la prise en charge totale dans la lumière de l’Éternité.

Laisse-toi envahir par la certitude d’être aimé passionnément, tel que tu es, avec toutes tes limites et tes misères, pour devenir tel que je te désire, braise incandescente de charité divine. Alors tu penseras instinctivement à moi et aux autres plus qu’à toi ; tu vivras naturellement pour moi et pour les autres avant de vivre pour toi ; à l’heure des petites options quotidiennes, tu opteras pour moi et pour les autres au lieu de te préférer : tu vivras en communion divine avec moi et en communion universelle avec les autres… identifié à moi et en même temps aux autres. Tu me permettras alors de servir davantage de trait d’union entre mon Père des cieux et mes frères de la terre.

Ma lumière donne leur véritable place à toutes choses dans la synthèse de mon immense amour – en fonction de l’Éternité – mais sans rien diminuer de la valeur de chaque être et de chaque événement.

Je ne suis pas un tortionnaire, ni un être inexorable. Ah ! si l’on agissait avec moi comme avec quelqu’un de vivant, de proche et d’aimant ! Je voudrais être l’Ami de tous, mais combien peu me traitent en Ami ! Ils me jugent et me condamnent sans me connaître ! Je suis biffé de leur horizon. Je n’existe pratiquement pas pour eux et pourtant je suis là, ne cessant de les combler de toutes sortes de bienfaits sans qu’ils s’en doutent. Tout ce qu’ils sont, tout ce qu’ils ont, tout ce qu’ils font de bien, c’est à moi qu’ils le doivent.

Seuls m’entendent ceux qui ont fait en eux le silence. Silence des démons intérieurs qui s’appellent l’instinct de puissance, l’esprit de domination, l’esprit d’agressivité. Silence des préoccupations secondaires, des soucis abusifs, des évasions stériles. Silence des jugements téméraires.

Mais cela ne suffit pas. Il faut encore désirer que ma pensée pénètre doucement ton esprit. Surtout ne pas s’impatienter, ne pas forcer les choses – mais beaucoup de décontraction et de disponibilité, avec la bonne volonté totale de mettre en œuvre ma Parole. Elle est semence d’éternité qui transfigure les choses les plus humbles de la terre. Quand on l’a assimilée, profondément goûtée, on ne saurait en oublier la valeur – et on en comprend tout le prix et on est prêt à lui sacrifier bien des accessoires qui paraissent nécessaires.