Tout le problème de l’évangélisation du monde, c’est celui de la foi en un amour. Comment arriver à en persuader les hommes ? C’est là où il faut que ta charité ardente et débordante rende mon amour éclatant, évident aux hommes. Oui, tout le problème est là : faire grandir l’amour dans le cœur des hommes actuellement sur la terre.
L’histoire qui compte vraiment est la suite ininterrompue d’options pour ou contre l’amour. Quel que soit le mouvement des idées, le progrès de la technique, l’actualisation de la théologie ou de la pastorale, ce dont le monde a le plus besoin, encore plus que d’ingénieurs ou de biologistes ou de théologiens, c’est d’hommes qui, par leur vie, font penser à moi et me révèlent aux autres, des hommes tellement pénétrés de ma présence qu’ils attirent les autres vers moi et me permettent de les conduire à mon Père.
Il s’agit d’aimer les hommes pour les purifier de leur animalité souvent agressive, toujours égocentrique, pour les spiritualiser au point de les faire progresser dans leur participation à ma nature divine. Il faut qu’ils optent librement pour l’amour de préférence à la haine, à la violence, à la volonté de puissance, à l’instinct de domination. Cette croissance dans l’amour n’est pas rectiligne ; elle passe par des paliers, elle subit même des reculs. L’essentiel, c’est que, avec mon aide qui ne manque jamais, elle reprenne la marche en avant.
S’aimer, ce n’est pas seulement se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble en avant et ensemble se dévouer aux autres. N’est-ce point le souci des autres qui est l’un des fondements de cette communion entre deux êtres qui s’aiment ? N’est-ce pas lui qui en mesure l’intensité et en stabilise la pérennité ? Parle-moi souvent des autres avec beaucoup d’amour et de désir. Pense parfois à la soif que j’ai d’eux et au besoin qu’ils ont de moi. Travaille et offre pour eux. Tu sais bien que par toi, c’est moi-même qui continue mon labeur et mon sacrifice en leur faveur.
Prends mes intérêts. Cela signifie : travaille par la prière, par l’action, par la parole, par la plume, par tous les moyens d’influence que j’ai mis entre tes mains, à faire prévaloir ma charité dans les cœurs. Tout est là. Redis-moi et prouve-moi par tes options parfois sacrificielles que tu m’aimes plus que toi-même. Que ma charité soit victorieuse ! Et alors, je grandis dans le monde.
Je veux entretenir mon feu en toi, non pas pour que tu sois seul à brûler, mais pour que tu contribues à étendre, dans l’intime des cœurs, la flamme de mon amour. Désire ardemment être un transmetteur de haute fidélité. C’est la fidélité de ta vie qui assure l’authenticité de ma voix à travers la tienne. Que l’ardeur embrasée de mon amour absorbe entièrement ton âme et la rende étrangère à ce qui n’est pas moi ou pour moi.
C’est moi, le salut ; c’est moi, la vie ; c’est moi, la lumière. Il n’est rien qui ne soit possible, lorsque ceux qui sont invités à puiser dans le trésor que je suis, le font par amour et sans hésitation. Sans hésitation, car celui qui a peur quand je l’appelle, s’enfonce et perd pied. Quand on est mon invité, quand on est de ma maison, il faut voir grand, vouloir grand, donner largement à tous ceux qui ne refusent pas délibérément.
Bien peu comprennent mon amour… Toi, du moins, comprends-le et fais-le comprendre. Il ne s’agit pas tant d’une compréhension intellectuelle que d’une expérience personnelle. Seuls ceux qui ont l’expérience vécue de mon amour pour eux, peuvent avoir les accents qui persuadent et embrasent ; mais l’expérience est vite oubliée, si elle n’est pas fréquemment renouvelée, rajeunie par de nouvelles étreintes intérieures.
À quoi serviraient tes contacts avec les hommes si tu perdais le contact avec moi ? C’est pour eux que je te demande de renforcer tes liens avec la source. Par une sorte de mimétisme spirituel, plus tu seras un contemplatif, plus tu me ressembleras et plus tu me permettras de m’irradier par toi. Dans le monde actuel en proie à tant de courants contraires, ce qui peut le plus aider à le stabiliser dans la sérénité, c’est la multiplication d’âmes contemplatives qui activent son assomption par moi. Seuls les contemplatifs sont de vrais missionnaires et peuvent être de véritables éducateurs spirituels.
Autre celui qui sème, autre celui qui moissonne. Il arrivera que l’un moissonne dans la joie ce que d’autres auront semé dans les larmes, mais l’essentiel, c’est de s’unir à moi qui suis l’éternel semeur et l’éternel moissonneur, et de ne jamais s’attribuer le bien que je fais faire. En réalité, vous êtes tous responsables collégialement de l’évangélisation du monde, et votre récompense, proportionnée à votre courage et à votre fidélité, sera telle, que votre joie surpassera toutes vos espérances.
Ce qui importe c’est, dans tous les milieux, la multiplication d’âmes droites et simples qui soient à l’écoute de ma pensée et de mes désirs, et qui s’efforcent de les réaliser dans toute leur vie, me manifestant ainsi sans bruit dans leur entourage, et attirant vers moi tous ceux qui les rencontrent. C’est là le véritable apostolat, dans le détachement de soi-même, au service des problèmes des autres. Qui mieux que moi peut en donner, non seulement la solution, mais en fournir la réalisation ?
Être missionnaire, ce n’est pas d’abord s’activer à mon service, c’est d’abord mettre en œuvre l’efficacité concrète de ma présence. Tu ne vois guère, tant que tu es sur terre, le résultat de cette mission : c’est pour ménager l’humilité nécessaire du véritable apôtre, et aussi, parce que c’est dans la foi nue que s’exerce cette action en profondeur ; mais, crois-le bien, c’est ainsi que s’opèrent, à l’intime des cœurs, les bouleversements de ma grâce, les conversions inattendues, et que s’acquièrent les bénédictions qui fécondent les travaux des apôtres.
Ils sont peu nombreux, ceux qui pensent à moi avec tant soit peu d’amour. Pour tant d’hommes, je suis l’inconnu et même l’inconnaissable. Pour certains, je n’ai jamais existé, et même, je ne fais pas problème. Pour d’autres, je suis celui que l’on craint et que l’on révère par peur.
Je ne suis pas un maître sévère, ni un redresseur de torts, ni un comptable minutieux des erreurs et des fautes. Je sais – mieux que vous – toutes les circonstances atténuantes qui diminuent chez beaucoup la culpabilité réelle. Je regarde chacun davantage par ce qu’il y a de bon en lui que par ce qu’il y a de défectueux. Je détecte ce qu’il y a en chacun d’aspirations profondes vers le bien et donc inconsciemment vers moi. Je suis la miséricorde, le Père de l’enfant prodigue, toujours prêt à pardonner. Les catégories de la théologie morale ne sont pas mon critère, surtout quand elles sont l’objet d’une application géométrique.
Je suis un Dieu de bonne volonté qui ouvre ses bras et son cœur aux hommes de bonne volonté pour pouvoir les purifier, les éclairer, les embraser, en les assumant dans mon élan vers mon Père qui est aussi le leur.
Je suis un Dieu d’amitié qui désire le bonheur de tous, la paix de tous, le salut de tous, et qui guette le moment où mon message d’amour pourra être favorablement accueilli.
Agis en membre de moi. Considère-toi comme n’ayant pas une existence indépendante, mais comme devant faire toutes choses en dépendance de moi. Sois de plus en plus conscient de n’être rien par toi-même, de ne pouvoir rien, de ne valoir rien tout seul, mais quelle fécondité, quand tu m’acceptes comme maître d’œuvre et principe d’action !
Agis aussi en membre des autres, car en moi, il y a tous les autres, et par moi, tu les retrouves dans une actualité pressante. Ta charité éclairée par ta foi se doit d’y penser souvent, de récapituler leur détresse, leur misère, d’assumer leurs aspirations profondes, de mettre en valeur tout ce que mon Père a déposé de germes de bien au fond de leur cœur. Il y a tellement d’hommes qui sont meilleurs qu’ils ne paraissent et qui pourraient encore progresser dans la connaissance de mon amour, si prêtres et chrétiens en étaient les témoins vivants !
Demande chaque matin à Notre-Dame, dans ton oraison, de te choisir un élu du ciel, une âme du purgatoire et un de tes frères humains encore sur la terre, pour que tu puisses vivre cette journée en union avec eux, l’élu pour l’honorer, l’âme du purgatoire pour l’aider, ton frère sur terre pour le sauver. Ils t’aideront aussi à leur tour à vivre davantage dans l’amour. Agis en leur nom, prie en leur nom, désire en leur nom, souffre s’il le faut en leur nom, espère en leur nom, aime en leur nom.
Temps d’oraison 7
Mon cher enfant, n’oublie pas cette phrase que j’ai prononcée jadis en pensant à toi ainsi qu’à chacun des hommes répartis à travers le monde comme à travers les siècles : « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, je l’aimerai et me ferai connaître à lui… Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. »
Comprends ce que c’est que de devenir la demeure de Dieu, du Dieu vivant, Père, Fils et Saint-Esprit, qui t’envahit, te possède et t’insère tout doucement dans le courant de lumière, de joie et d’amour qui le constitue ! Comprends-tu jusqu’où peut aller, dans ton esprit, dans ton cœur, dans ta vie, la manifestation de Dieu qui se révélera en toi et à travers toi, dans tes paroles, dans tes écrits et dans tes gestes les plus ordinaires ?
L’amour doit être pris à sa source, en moi. Il doit être aspiré par une vie priante et exprimé par une vie parlante, lui rendant le témoignage qui lui permet de passer et d’être transmis de proche en proche. Appelle donc souvent en toi la douce et brûlante flamme aimante de l’Esprit Saint par qui notre charité divine aspire à se diffuser dans tous les cœurs humains. C’est ainsi que tu peux devenir mon témoin et attirer vers moi ceux que tu rencontres. C’est ainsi que ta vie devient vraiment féconde, dans l’invisible certes, mais dans la réalité profonde de la communion des saints.